Et s’il y avait du vrai
Ce n’est pas dans mes habitudes de souscrire ou répandre trop d’informations complotiste. Je m’y suis beaucoup intéressé par curiosité, mais avec toujours ce sentiment mitigé du « c’est trop gros » nuancé par un « ça m’étonnerait pas ».
Si je n’y souscris pas, j’ai toujours fustigé ceux qui les renient en bloc juste en les taxant de « complotiste », une sorte de mot magique qui automatiquement déchoit la validité de l’information apportée. Bien que ne souscrivant pas aux idées qui peuvent être taxé ainsi, je trouve étrange ce consensus : un discours taxé ainsi n’est pas à prendre au sérieux et est faux, par définition. Nul besoin de le démontrer, ni prendre le temps de l’expliquer. Noam Chomsky disait dans « La fabrication du consentement : Noam Chomsky et les médias »:
Si je dis que Kadhafi est un terroriste, Khomeiny un tueur, que les Russes ont envahit l’Afghanistan, etc. Tous diront oui sans hésiter. Par contre si je dis autre chose que des idées reçues, si je dis quelque chose d’inattendu, de controversé comme : « Les plus vastes opérations terroristes viennent de Washington » ou bien « Si les lois de Nuremberg étaient appliquées, on aurait pendu tous les présidents depuis 1945. », les gens s’attendent avec raison à comprendre ce que vous dites. « Mais je n’ai jamais entendu ça ! Vous feriez bien d’étayer votre propos. Vous devriez l’étayer car il est assez déroutant » mais le devoir de concision vous en empêche. C’est le génie de cette contrainte. C’est une chose importante car la beauté de la concision – dire quelques phrases entre deux publicités – c’est de limiter le propos à des lieux communs.
Lorsqu’un artiste par exemple, dit qu’il s’est intéressé à une information mais depuis un angle différent, depuis une source différente remettant en cause la forme ou le fond de l’information, que se passe-t-il ? Défini comme personne souscrivant à ces théories, il est alors « en exil » médiatique un temps, montré du doigt et décrédibilisé.
Je pense à Jean-Marie Bigard qui a notamment dut annuler ses représentations pour cause de boycott et aussi montré du doigt par différent média.
Je pense à Dieudonné, qui lui a pris le contre pied de cela. Après avoir était boycotté pour avoir critiqué Israel dans un sketch, il a décidé d’assumer, et d’aller plus loin. Si dans un Etat démocratique, des propos critiques sur un pays ne sont pas acceptés, la liberté d’expression existe-t-elle réellement ? Dieudonné a exploré cette piste, simplement, en allant voir ceux qui n’ont pas le droit de parole dans les médias. En franchissant cette limite, en s’interessant à des personnes ayant une pensée divergente de celle admise, il a été montré du doigt par l’ensemble des médias, politique, et par extension, une partie de la population. Ainsi, sa démonstration est assez concluante : tout n’est pas pensable. En d’autres termes, la liberté de penser possède un cadre moral établit par un consensus, et un cadre légal qui renforce le premier. Ce cadre légal est assez effarant : imaginez une histoire figée, une histoire qui n’évoluerait pas en fonction des historiens, des thèses, contre-thèses, mais une histoire figée, définit. Ce serait étrange, cela voudrait dire que l’histoire serait imposé. Aujourd’hui, c’est le cas sur l’esclavagisme et le génocide de la seconde guerre mondiale. Si il est évident que ces deux catastrophes ont eu lieu, il est symboliquement étrange d’empêcher légalement leur remise en cause.
Cependant, si la démonstration de Dieudonné est efficace, il y a toujours cet amer gout, certes voulu, de le voir avec des gens dont on ne partage pas, du tout, les idées. Mais n’est-ce pas là le principe de la démocratie ?
La liberté d’expression que l’on nous présente est aujourd’hui une sorte de liberté encadrée. Au delà, c’est soit immoral, soit plus loin, illégal. L’application de ce cadre n’est pas caché par définition, car sa démonstration permet la souscription de la population. Comme le dit Noam Chomsky, la répétition de lieux communs, du cadre des idées autorisées, font que si vous dites à votre voisin quelque chose de déroutant (qui sort donc de cette route), il vous regardera étonné.
Ce qui est alors interessant, c’est de savoir d’où vient ce cadre. Nous sommes dans des médias descendant, des médias qui n’autorisent pas le droit de réponse. La radio, la presse ou la télévision vous envoie des informations, mais vous, vous n’en fournissez pas. Ce cadre est définit par ces informations descendantes. La population, le peuple, ne participe à l’élaboration de ce cadre en aucun cas car il n’est pas fournisseur d’information. L’intervention de la population dans les médias est simplement encadré : casté, devoir de concision, et impossibilité de s’exprimer librement. Si ils ont cette liberté, le système fait que l’accumulation d’informations issus des médias qu’ils reçoivent ne donnera qu’une liberté d’expression encadré de facto par l’individu lui-même.
Une démonstration, à mon sens magistrale, est celle de Jean-Marc Morandini invitant un des producteurs du film « Fin de concession » de Pierre Carles, Michel Fizbin. Le film dénonce la connivence entre les médias et la politique, et notamment la concession de TF1 à Bouygues, jamais remise en cause alors qu’elle devait l’être. Ce film est dérangeant, vérifié, validé, seulement il dérange la corporation journalistique sur leur rapport avec le pouvoir. Si cet article ne prend pas la peine de mentionné Michel Fizbin, mais seulement Jean-Marc Morandini, il laisse la video du « clash ». Si Michel Fizbin a quelques phrases mal habile, de facto Jean-Marc Morandini attaque et tente de le décrédibiliser, notamment sur le fait qu’une partie des interviews se soit faites sous de fausses identités et donc que c’était un piège. Rappelons que Pierre Carles n’en est pas à son coup d’essai, et était reconnu. Il explique cette démarche dans le film, et c’est amusant qu’un journaliste trouve honteux la fausse identité, technique usitée dans tous les reportages de télévision. Ce cas m’a beaucoup choqué car ayant vu le film, je peux affirmer simplement qu’il n’y a pas de triche, qu’il livre simplement une enquête qui dérange. La réaction de Jean-Marc Morandini est juste le reflet d’un taboo. Un taboo qui dérange d’autant plus que des preuves concrète de cette connivence ont lieu tous les derniers mercredi de chaque mois à l’hotel Crillon. Et bien sur, elles sont dans le film.
Le crédit des médias est entaché par ce consensus et envisager la reconsidération des informations d’autres sources prend alors une valeur. Il n’est pas question d’y souscrire, il n’est pas question de se laisser berner, car il y a du faux. Et s’il y avait du vrai ? Si ce reportage de Planet affirmant que le réchauffement climatique n’est pas dût à une cause humaint, disait stricto senso la vérité ? Si le Dr Steve Pieczenik, conseiller militaire auprès de la Maison Blanche depuis 30 ans, affirmant que Osama Ben Laden est bel et bien mort en 2002 et que le 11 septembre a bel et bien été organisé par le gouvernement américain, disait lui aussi la vérité ? Mon point de vue est de ne pas en avoir, car je n’ai pas le temps de tout vérifier. Cependant, ne comptait pas sur moi pour simplement accepter l’une ou l’autre. Mon seul désir serait de les confronter, mais comme le disait Pierre Bourdieu ou Noam Chomsky, il y a un devoir de concision. C’est là qu’Internet inquiète les politiques, les médias, les financiers : ce devoir de concision n’y sera jamais respecté. En tout cas tant qu’ils ne contrôleront pas totalement le contenu de ce média.

