6mai 201120 h 55 min

Un cas concret de bafouement de la neutralité du net

La neutralité est un principe fondateur et liée à l’architecture même d’internet. Elle consiste qu’un point A et un point B arriveront à un point C de la même façon et dans les mêmes conditions. En d’autres termes, si vous vous connectez à Youtube à Paris ou à Pékin, vous devriez arriver au même endroit, accéder au même contenu, etc etc… Il s’agit d’une règle d’architecture du réseau et non d’une règle liée au contenu. En d’autres termes, si vous arrivez sur le Youtube chinois à Pékin et le Youtube français, ça ne remet pas en cause la neutralité, entendons nous. En revanche, si vous n’avez pas accès à Youtube ou que votre connexion est affreusement lente spécifiquement vers ce site, la neutralité rentre en jeu : un point A n’a pas accès de la même façon que le point B au point C.

Cette règle est fondamentale pour différentes raisons. Tout d’abord, elle garantie une sorte d’universalité au net : l’internet de Chine est le même que celui de Bolivie. Elle garantie les échanges, un point A et un point B pouvant communiqué par un point C, mais aussi directement entre eux. Cette interconnexion permet de faire d’Internet un grand et unique réseau.

Dans quel interêt et dans quel cas la neutralité peut-être bafoué ? Il y a le plus connu, le plus choquant, celui de la dictature qui estime que tel ou tel site n’est pas approprié et qui bloque l’accès. Remarquons au passage, que cette méthodologie s’applique aussi en France, notre belle démocratie pour différentes raisons arbitraires. Bien sur, on en parle moins.

Aussi, elle est économique et cela sur plusieurs points. Internet est un réseau dit décentralisé : il n’y a pas de centre, tout poste relié à Internet est potentiellement un centre en hébergeant un serveur (web, mail, jeux, news, ftp, ssh…). Cette architecture qui est un modèle arnachique, n’est pas controlé par qui que ce soit : c’est un espace de liberté où chacun, connecté à Internet, peut-être un acteur (serveur) ou un utilisateur (client). Vous même avec votre freebox vous pouvez avoir votre serveur.
Cette architecture est un problème pour ceux qui veulent contrôler Internet (les gouvernements et les entreprises) car ils ne peuvent pas tout voir, tout connaître d’Internet. Les solutions trouvés jusqu’alors servait plus de pansement qu’autres choses. Cela va d’une brigade de police qui va se balader sur Internet pour trouver un délit, aux sociétés de publicité en ligne qui étendent leur réseau pour vous trouver partout à plus récent avec le fameux mouchard du gouvernement français pour prouver votre bonne foi dans le cadre de la loi HADOPI.
Pourtant, la solution est simple pour ces organismes : créer un Internet limité à ce qu’il contrôle. Un Internet dans un Internet. La neutralité s’y oppose justement, c’est pour cela qu’elle est si essentielle.

Pour faire un Internet dans un Internet il suffirait que votre fournisseur d’accès à Internet bloque tous les sites qu’il veut, pour limiter l’accès. Quel interêt pour un FAI de bloquer / limiter l’accès ? Plusieurs.
Tout d’abord si on s’appelle Orange que l’on est fournisseur de contenu. Ne serait-ce pas plus interessant de limiter l’accès à d’éventuel concurrent fournissant de la VOD ? En d’autres termes, empêcher ou ralentir l’accès à des plateformes VOD pour privilégié la leur.
Ensuite, celui purement économique. Vous faire acceder à un site coûte de l’argent à votre fournisseur d’accès. Il doit entretenir les cables, et payer le trafic qui circule entre vous et le contenu. Seulement parfois, cela lui coûte trop cher lorsque ce sont des sites gourmands en bande passante, d’où l’interêt de limiter ou bloquer l’accès.

Aujourd’hui, c’est ce qui se passe. Depuis quelques semaines, les internautes français ont une connexion bridée vers Youtube, et cela spécialement chez Free. Free refuse de payer plus, estimant que c’est au fournisseur de contenu de payer ces fameux cables. Il avait déjà fait le coup à Dailymotion, qui avait du céder, ayant trop peur de perdre près de 4 milions d’internautes si Free limitait la bande passante vers son site. Aujourd’hui, le bras de fer se fait avec Youtube, Free esperant faire plier le géant américain (Google) en le condamnant à perdre lui aussi 4 milions d’internaute français.

Qui est pris en otage ? Vous. Vous et une conception d’un Internet neutre et universelle. Internet est réellement menacé par ce genre de procédé. Et que ce soit les entreprises ou les gouvernements, tous vont dans le même sens : bafouer cette neutralité pour des raisons économiques ou des raisons liberticides.

9mars 20111 h 39 min

Dans données, il y a bien « donner »

Mots clés :

Patrouille tentant de maîtriser un terroriste de l'Internet

Patrouille tentant de maîtriser un terroriste de l'Internet

Sept ans après le vote de la LCEN (Loi pour la Confiance dans l’Economie Numérique), voilà que son décret est paru au journal officiel. Pour rappel, elle stipulait que les hébergeurs de contenu devait garder certaines données des utilisateurs lors d’une publication (video, texte, …). On y retrouve des informations un peu classique (date et heure, identifiant de connexion, protocole utilisé, …). Ce qui est un peu plus gênant c’est un certain nombre de donnée un peu plus personnel comme le nom et prénom, la raison social, le téléphone, l’adresse ou bien encore le mot de passe du compte et les informations relative à un éventuel paiement (numero de transaction, date et heure de la transaction …). Tout cela, pour vaincre le terrorisme. Eh oui, parce que mettre un faux nom, mettre une fausse raison sociale ou mettre un faux numéro de téléphone, ce sont des choses que les terroristes ne font JAMAIS, mais alors jamais jamais jamais ! Cette loi a trouvé leur talon d’Achille. Ils ne savent pas mentir ces gens là. Moi je dis, un grand bravo à toute l’équipe.

Si nous versons dans un tout sécuritaire qui en devient dramatique entre la videosurveillance où pour quelques crimes on flique toute une population et les mécanismes de censure qui se mettent en place sur Internet, ce décret ne fait que s’ajouter au LOPSSI ou HADOPI déjà en place, ou en passe de l’être. Dans cette politique du tout sécuritaire, certain continue de lutter, comme FDN et son président Benjamin Bayart qui m’a fait sourire avec son tweet. Néanmoins, cela devient de pire en pire, et face à ce décret, on constate encore une fois l’inutilité de la CNIL.

13janvier 20111 h 48 min

Le cloud computing orageux

Mots clés :

Depuis le cloud, je vois ma maison toute petite en bas !

Il est de bon ton aujourd’hui d’y être. Microsoft, Gmail, Apple, tous en font la promotion et il serait mal venu de ne pas suivre ce grand mouvement vers « le cloud ».

Le cloud est un principe assez simple : la fourniture de service sur Internet sans généralement avoir besoin d’application tierce et le stockage de vos documents afin d’y accéder où que vous soyez et généralement peu-importe le terminal (Windows / MacOS / Linux / …). Concrètement derrière ce mot de cloud se cache des services comme Gmail, Google Docs, Google Calendar, Facebook, Windows Live, Skype, MSN, … Le principe est séduisant à maintes regards :

  • Accessibilité des données partout
  • Compatibilité presque total avec tout type de terminal (application web la plupart du temps)
  • Possibilité de partage facilité
  • Coûts amoindris (la plupart de ces services sont gratuits)

En somme, si le cloud est séduisant en surface et dans les publicités Microsoft, il revêt une face moins attirante.

La sécurité des données est des arguments du cloud : si votre ordinateur meurt, vos données ne sont pas perdu, elles sont dans le cloud ! En somme il vaut mieux que son ordinateur meurt que d’oublier son mot de passe. Cependant, cette sécurité n’est pas infaillible : il suffit de remonter un mois en arrière, Microsoft annonçait une brèche dans son BPOS et une partie des données du cloud était donné à qui voulait. Les failles de sécurité existent, et les plus exposés reste ceux qui ont des grandes quantité de donnée : un hacker n’attaquera pas Madame Michu pour voler ses photos de vacances. En se remettant à une société tierce mutualisant son infrastructure, on mutualise les risques. Est-ce que mes données sont isolés des données de mes concurrents ? Et si un concurrent accéder à ces données ? Enfin, accéder à sa vie numérique ou celle de son entreprise avec un simple identifiant/mot de passe n’est pas la façon la plus sécurisée de protéger ses données. Cela permet d’y accéder partout, ce qui est en soit un risque : keylogger qui enregistre les lettres tapés sur votre terminal, un internaute au Népal peut accéder à vos données avec votre identifiant et votre mot de passe. Et vous aurez bien du mal à l’en empêcher.

La possibilité d’accéder à ses données n’importe où est un avantage. Cependant, on peut repenser à la coupure de Google, bloquant notamment le New York Times. Aujourd’hui, Google Calendar fait des siennes. Si demain Google tombe, votre entreprise ou votre vie numérique tombera avec. Et cela arrivera, sans doute. AOL ou Compuserve n’existent plus et déjà Yahoo! a décidé de fermer 8 de ses produits dont Delicious. La centralisation des données est un risque différent. Certes, elle protège des crash de disque dur, mais elle ne protège pas de la santé des entreprises.

Big Brother

J'ai dis dans les yeux

Après tout, cela est gratuit. Sans doute, mais pourquoi ? La réponse est simple et souvent la même : la publicité en ligne. C’est le nouvel eldorado d’Internet, et plus particulièrement le ciblage comportemental, voyez : AOL rachète TACODA en 2007, Google rachète DoubleClick tandis que Yahoo rachète BlueLithium la même année, Microsoft rachète en 2008 YaData. Que font toutes ces sociétés ? Du ciblage comportementale. Basé sur un grand nombre de donnée, il permet de cibler et de cerner l’utilisateur et lui afficher de la publicité en conséquence. Vos données privés ne le sont plus, vous avez permis l’accès à une entreprise tierce. Et si ils vous arrivent un pépin, oubliez le service client.

Reste le facteur essentiel : le cloud c’est chic. C’est comme ça, depuis 2-3 ans, si tu dis ton mail perso et que ce n’est pas @gmail.com, on te regarde avec deux grands yeux « gné ? ». Si tu n’es pas sur Facebook, tu n’es qu’une merde. C’est vrai, tu n’es pas au courant du dernier truc supersensatiormidépatant ou tu n’as pas vu les photos de la fête de machin qui sont EXCLUSIVEMENT sur Facebook, tu ne vaux plus pas grand chose. L’Internet du cloud est devenu une télévision : un service qui libère du temps de cerveau disponible pour pouvoir le remplir de publicité ciblée. Un bourrage de mou plus efficace. Le cloud n’est pas un nuage comme les autres, vous imaginez, il veut contenir 7 milliards d’individu. C’est un espèce de rouleau compresseur géant.

Soyez libre et indépendant.

15octobre 20102 h 01 min

Clavier proustien

Mots clés :

Boyscouts

Brave garçon.

J’ai tout de suite aimé Internet. Je devais avoir 11 ans, et mon frère me racontait qu’un ami à lui avait un accès, ils avaient parler à plein de personne qu’ils ne connaissaient pas depuis l’ordinateur. Je vous assure, lorsqu’on a 11 ans en 1997, ça fait son petit effet, même si on parle à des quebecois.
Mes premières années d’internet, c’était Altavista ou si je voulais télécharger un mp3, c’était via Hotbot. J’avais bien mon site sur mygale.org, la publicité sur chez.com ne me tentais pas. Et puis mes mails, bien sur, c’était du Caramail. Quand on y repense, mon usage était bien différent de celui de n’importe qui, même de mon propre frère. Et plus j’y pense, plus je me demande aujourd’hui quel est la différence entre chacun, quel site utilise-t-on régulièrement.

Le matin, vous vous levez et vous utilisez sans doute Netvibes / Google Reader pour lire les flux RSS. Bien sur, avec un bon café, regarder une video sur Dailymotion / Youtube vous réjouira, d’autant que vous pourrez aisément la « tweeté » ou mettre un « J’aime » sur vos réseaux sociaux rempli d’ami virtualisé. Vos recherches, vous les faites sur Google, simple et sobre, vous lui faites confiance, tout comme vos mails, si vous avez plus de 18 ans parce que MSN Hotmail c’est pour les adolescents.
Si vous vous reconnaissez, vous faites partie de la masse. Rien de péjoratif, j’entends, c’est juste factuel. Quel est le problème, nous en faisons tous parti finalement.

Internet est construit sur un système totalement anarchique : un point meurt, le réseau continue. En cela, il est incontrôlable, c’est une toile géant ou il n’y a que des points d’échanges. Il est construit ainsi, encore une fois, c’est juste factuel, et c’est assez ennuyant pour certaines personnes. Je me souviens de Palladium, ce projet d’un internet microsoft-ien censé nous protéger des mp3 et du warez et depuis nous avons vu arrivé de plus en plus de projet censé « réguler Internet pour en corriger les excès et les dérives » car c’est « la loi de la jungle » (dixit N. Sarkozy en ce début d’octobre au Vatican). Que ce soit Hadopi, que ce soit Loppsi, que ce soit ACTA, toutes ces lois, vont dans un même sens.

Propagande chinoise

Distribution de mise en garde HADOPI.

Si aujourd’hui, les gouvernements cherchent à « réguler Internet », c’est que c’est un espace de liberté. Ils brandissent la pédophilie ou le visage mouillée des artistes pour « réguler Internet », seulement, le problème n’est pas là. La pédophilie est anecdotique sur Internet et empêcher la circulation de photo sur Internet ne résoudra nullement le problème de base : il y a des pédophiles. Quand aux oeuvres, on sait à qui profite le crime. Et bien sur la liberté d’expression (extrait du projet de loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure) :

Lorsque les nécessités de la lutte contre la diffusion des images ou des représentations de mineurs présentant un caractère manifestement pornographique le justifient, l’autorité administrative notifie aux personnes mentionnées au 1 du présent I les adresses électroniques des services de communication au public en ligne contrevenant aux dispositions de cet article, auxquelles ces personnes doivent empêcher l’accès sans délai. Lorsque le caractère pornographique n’est pas manifeste, l’autorité administrative peut saisir l’autorité judiciaire qui statue sur l’interdiction de l’accès aux adresses électroniques mentionnées au présent alinéa.

En uniformisant l’usage d’Internet, on a réussit à casser le modèle d’Internet : l’anarchie. Nous sommes passés d’un réseau formidable où chaque ordinateur connecté peut à la fois consulter les newsgroups, surfer sur Internet et être serveur web, serveur de mail et serveur FTP, à un réseau de consommation, où chacun ne fait que consommer ce que propose une poignée de site. Le web social n’est rien d’autres qu’un web centralisé. Un espèce de bar géant gratuit où on aurait collé d’immense affiche publicitaire. C’est un peu comme si on vivait tous dans le même quartier, et que l’on se rencontrait uniquement dans ce bar géant, dans cette boulangerie géante ou dans ce cinéma géant, tout cela sous l’oeil d’une video-surveillance, mais que l’on invitait personne chez nous. Pourtant il suffirait de faire des petits fours.

Alors, quelles sont les alternatives ? Apprendre à faire des petits fours, c’est sur. Autrement, pensez à des fournisseurs d’accès indépendant comme FDN ou autres, utilisez des services de mail libres, pas chez Google/Yahoo/AOL/Microsoft, et autrement l’héberger soit même. Utilisez des réseaux sociaux décentralisés comme Identi.ca ou Diaspora et pour l’Instant Messaging, rien ne vaut un compte jabber, libre et décentralisé. Ne pas utilisez les services Google, préférer encore une fois les alternatives libres et décentralisés tel que Piwik pour les statistiques ou bien Ixquick pour les recherches. Il existe plein d’alternative à plein d’habitude de « consommation ». Et il existe même des tutoriaux pour faire des petits fours.

9octobre 201017 h 01 min

Petite révision sur ACTA

Mots clés :

Après HADOPI et LOPPSI, les deux fameuses mesures du gouvernement pour contrer le piratage, et au passage inspecter davantage le réseau des réseau, c’est cette fois l’Europe qui contre-attaque avec un traité encore plus liberticide.

Pour ne pas paraphrasé cette video qui explique assez justement les enjeux de cette loi, je vous laisse découvrir cette video pour tout comprendre.