Clavier proustien

Brave garçon.
J’ai tout de suite aimé Internet. Je devais avoir 11 ans, et mon frère me racontait qu’un ami à lui avait un accès, ils avaient parler à plein de personne qu’ils ne connaissaient pas depuis l’ordinateur. Je vous assure, lorsqu’on a 11 ans en 1997, ça fait son petit effet, même si on parle à des quebecois.
Mes premières années d’internet, c’était Altavista ou si je voulais télécharger un mp3, c’était via Hotbot. J’avais bien mon site sur mygale.org, la publicité sur chez.com ne me tentais pas. Et puis mes mails, bien sur, c’était du Caramail. Quand on y repense, mon usage était bien différent de celui de n’importe qui, même de mon propre frère. Et plus j’y pense, plus je me demande aujourd’hui quel est la différence entre chacun, quel site utilise-t-on régulièrement.
Le matin, vous vous levez et vous utilisez sans doute Netvibes / Google Reader pour lire les flux RSS. Bien sur, avec un bon café, regarder une video sur Dailymotion / Youtube vous réjouira, d’autant que vous pourrez aisément la « tweeté » ou mettre un « J’aime » sur vos réseaux sociaux rempli d’ami virtualisé. Vos recherches, vous les faites sur Google, simple et sobre, vous lui faites confiance, tout comme vos mails, si vous avez plus de 18 ans parce que MSN Hotmail c’est pour les adolescents.
Si vous vous reconnaissez, vous faites partie de la masse. Rien de péjoratif, j’entends, c’est juste factuel. Quel est le problème, nous en faisons tous parti finalement.
Internet est construit sur un système totalement anarchique : un point meurt, le réseau continue. En cela, il est incontrôlable, c’est une toile géant ou il n’y a que des points d’échanges. Il est construit ainsi, encore une fois, c’est juste factuel, et c’est assez ennuyant pour certaines personnes. Je me souviens de Palladium, ce projet d’un internet microsoft-ien censé nous protéger des mp3 et du warez et depuis nous avons vu arrivé de plus en plus de projet censé « réguler Internet pour en corriger les excès et les dérives » car c’est « la loi de la jungle » (dixit N. Sarkozy en ce début d’octobre au Vatican). Que ce soit Hadopi, que ce soit Loppsi, que ce soit ACTA, toutes ces lois, vont dans un même sens.

Distribution de mise en garde HADOPI.
Si aujourd’hui, les gouvernements cherchent à « réguler Internet », c’est que c’est un espace de liberté. Ils brandissent la pédophilie ou le visage mouillée des artistes pour « réguler Internet », seulement, le problème n’est pas là. La pédophilie est anecdotique sur Internet et empêcher la circulation de photo sur Internet ne résoudra nullement le problème de base : il y a des pédophiles. Quand aux oeuvres, on sait à qui profite le crime. Et bien sur la liberté d’expression (extrait du projet de loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure) :
Lorsque les nécessités de la lutte contre la diffusion des images ou des représentations de mineurs présentant un caractère manifestement pornographique le justifient, l’autorité administrative notifie aux personnes mentionnées au 1 du présent I les adresses électroniques des services de communication au public en ligne contrevenant aux dispositions de cet article, auxquelles ces personnes doivent empêcher l’accès sans délai. Lorsque le caractère pornographique n’est pas manifeste, l’autorité administrative peut saisir l’autorité judiciaire qui statue sur l’interdiction de l’accès aux adresses électroniques mentionnées au présent alinéa.
En uniformisant l’usage d’Internet, on a réussit à casser le modèle d’Internet : l’anarchie. Nous sommes passés d’un réseau formidable où chaque ordinateur connecté peut à la fois consulter les newsgroups, surfer sur Internet et être serveur web, serveur de mail et serveur FTP, à un réseau de consommation, où chacun ne fait que consommer ce que propose une poignée de site. Le web social n’est rien d’autres qu’un web centralisé. Un espèce de bar géant gratuit où on aurait collé d’immense affiche publicitaire. C’est un peu comme si on vivait tous dans le même quartier, et que l’on se rencontrait uniquement dans ce bar géant, dans cette boulangerie géante ou dans ce cinéma géant, tout cela sous l’oeil d’une video-surveillance, mais que l’on invitait personne chez nous. Pourtant il suffirait de faire des petits fours.
Alors, quelles sont les alternatives ? Apprendre à faire des petits fours, c’est sur. Autrement, pensez à des fournisseurs d’accès indépendant comme FDN ou autres, utilisez des services de mail libres, pas chez Google/Yahoo/AOL/Microsoft, et autrement l’héberger soit même. Utilisez des réseaux sociaux décentralisés comme Identi.ca ou Diaspora et pour l’Instant Messaging, rien ne vaut un compte jabber, libre et décentralisé. Ne pas utilisez les services Google, préférer encore une fois les alternatives libres et décentralisés tel que Piwik pour les statistiques ou bien Ixquick pour les recherches. Il existe plein d’alternative à plein d’habitude de « consommation ». Et il existe même des tutoriaux pour faire des petits fours.

